Partage, sérénité et spiritualité

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 Placide Gaboury

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MessageSujet: Placide Gaboury   Lun 22 Déc - 15:55

Vivre imparfait

Il faut avoir vécu longtemps avant d'accepter de vivre imparfait. En réalité. vivre, pour la plupart d'entre nous, ce n'est pas autre chose qu'être imparfait. C'est croître, avancer, assumer les erreurs et les épreuves, c'est savoir en tirer des leçons et créer à mesure ses réponses. C'est couler avec le mouvement qui vient de plus loin que ''nous' et qui nous emporte dans une aventure inconnue.

Vivre, c'est n'être jamais arrivé, n'avoir jamais la réponse finale ni même la bonne. Apprendre, toujours apprendre, être humble, près de la terre, comme l'indique le mot humilité. Certes, ''vivre imparfait'' comme on dirait ''vivre heureux''ou ''vivre vieux'' n'est pas une attitude qui apparaît sans que la conscience n'ait été secouée. Ce n'est pas un programme pour les faibles ou les rêveurs. Il faut avoir vécu sa vie de très près et sans rien laisser avant de consentir à vivre imparfait. Cette conscience ne s'éveille qu'au lendemain d'une illusion. On ne naît pas en sachant l'importance de vivre dans son imperfection, c'est à dire tel que l'on est, ce sont les failles et les échecs qui nous ouvrent les yeux.

Il ne faut plus voir le monde séparé en gens ordinaires et extraordinaires. Tous les humains sont à mes yeux plus semblables que différents, unis davantage par la communauté de ténèbre et de lumière qu'appelés à se dominer mutuellement. Ce n'est pas que je suis devenu plus fort qu'autrui; c'est que mes limites m'ont fait rejoindre ce qui en moi était le plus humain, le plus universel: cette source commune qui est en nous Intelligence et Force, qui nous pousse à tout vivre, à tout absorber, à tout dépasser.

Ce n'est jamais notre besoin de réussir qui nous conduit au succès; c'est l'Esprit qui a déjà suscité ce besoin et qui nous pousse indéfiniement plus loin...en nous faisant tout d'abord échouer.

Il n'est donc pas question de chercher à être parfait, car c'est là une habitude de pensée ancrée dans nos mémoires et à laquelle on s'est totalement indentifié.

Nous découvrirons qu'il s'agit simplement d'être nous-même, de vivre ce que nous sommes, jusqu'à la limite, et que cette intensité, cette sincérité, cette humilité d'engagement à se vivre totalement, à être complètement accordés à cet instant qui jaillit, à cet instant que nous sommes, c'est tout ce que la vie appelle et exige de nous. Elle demande qu'on la laisse couler, qu'on l'en empêche plus, et c'est ce qui constitue sa perfection, celle que l'on ne peut chercher parce qu'elle ne s'acquiert pas. Sa perfection, c'est sa spontanéité.

La vie est reçue comme une grâce d'une eau qui au dégel se remet à couler. Elle n'est pas pensée mais intelligence, vive et insaisissable.

Tiré du livre Vivre imparfait.
Placide Gaboury



Aimer sans condition les humains

C'est la même chose que s'aimer soi-même sans condition. C'est aussi la même chose qu'aimer sans condition les événements qui se présentent au cours de la journée, dans leur attrait ou leur laideur. Il ne s'agit pas d'arriver à être indifférent, c'est-à-dire sans intérêt, mais d'être plutôt complètement en faveur de, voulant la chose, l'événement, l'être tels qu'ils sont et à partir de là, leur souhaiter bonheur, réussite, évolution, à leur rythme et à leur manière. Dire le Oui Universel, c'est vivre en amour.

Non pas bien sûr, être en état de passion qui veut toujours dire souffrance. L'émotivité empêche d'aimer, c'est-à-dire qu'elle empêche d'être là, d'être en faveur de la chose ou de la situation, d'être sans préjugé. L'émotivité est toujours pour ou contre, elle aime ou déteste toujours. Et ce qu'elle aime, elle en veut, alors qu'elle repousse avec la dernière énergie ce qu'elle déteste.

Quand on est dominé par l'émotivité, on déteste le contraire ou l'ennemi de ce qu'on aime. Aimer ici s'oppose à haïr. La passion se trouve des deux côtés. On ne peut être heureux ainsi puisqu'on est comme une balançoire qui est poussée d'un côté puis de l'autre au moindre bonheur ou malheur. Ce n'est pas vivre heureux que de vivre ainsi, c'est passer d'une insatisfaction à une autre, puisque chaque moment de bonheur est menacé par son contraire. Ce que j'aime dans ces circonstances-là m'amène à détester autre chose qui s'y oppose. L'amour vrai, sans tiraillement émotif, est une paix, un lâcher prise, une capacité d'être présent à ce qui est devant soi, indépendamment de ce que l'on ressent émotivement. Indépendamment de ce qu'on aime ou n'aime pas.

Cet amour n'a pas de contraire, il y a amour ou simplement son absence, pas son ennemi, puisque cet amour est inconditionnel, donc il accueille sans exception. Il ne s'agit pas de vaincre ses passions par la force, le vouloir ou l'effort. Il s'agit de développer en soi le lâcher prise, la paix et la compréhension. Car la passion, la colère, la haine, sont simplement des tensions intérieures qui viennent de ce que l'on veut posséder, ce qui plaît et qu'on veut détruire ou refouler, ce qui déplaît. Mais l'amour vrai, la tendresse n'est pas absence d'émotion. Elle est sentiment profond, émotion non possessive, mais libre. Elle remue tout le corps, tout l'être. On n'aime qu'avec tout soi-même.

En luttant contre quelque chose, on l'envenime, on ne l'apaise pas, on en fait un ennemi encore plus présent, plus fort et plus menaçant. C'est le lâcher prise, l'acceptation, l'amour inconditionnel qui fait se dissoudre les conflits, les noeuds, les obstacles en nous. On ne peut avancer en luttant contre, car en luttant contre quoique ce soit, c'est contre soi-même que l'on lutte toujours. En pratiquant le lâcher prise, les tensions passionnelles finissent par céder. C'est alors qu'en nous tout est unifié, soumis à un guide sage et compatissant. C'est ainsi que l'on parvient à la maîtrise de soi, pas de façon militaire et volontariste. Si on agit par volonté, ce qui a été maîtrisé reparaît ailleurs sous forme camouflée comme des bouchons qu'on essayerait de retenir sous l'eau. Il s'agit plutôt d'éclairer, de réchauffer, de centraliser l'énergie en nous, en soumettant tout à la Compassion, à l'Intelligence, à l'Humour.

Il s'agit de laisser l'énergie libératrice et spontanée passer à travers nos sensations, émotions et pensées compassées et tordues, dénouant dans un grand rire les obstacles que l'on prenait tellement au sérieux et qui s'avèrent finalement de simples occasions d'apprendre de précieuses leçons. Je pense vraiment que sans humour on ne peut aller au Ciel. Il faut beaucoup de légèreté, de spontanéité et d'abandon pour s'élever, se libérer, pour être disponible à cette infinie douceur. Les personnes qui aiment vraiment expriment leurs émotions, mais celles-ci ne sont plus possessives ou agressives, la peur n'y est plus, et une fois qu'il n'y a plus la peur, il y a l'Amour.

La méditation prépare à vivre sa vie quotidienne, elle prépare à dire le Oui de chaque instant. Mais dire ce Oui dans le concret de la vie, c'est ce que j'appellerais prier. Pouvoir lâcher prise dans l'action même, c'est prier. Cela peut comprendre des demandes, des offrandes ou de l'adoration, de la reconnaissance, mais essentiellement, c'est un lâcher prise d'instant en instant, un abandon continuel à ce qui vient. Si on demande quelque chose, on doit soumettre cette demande au Plan universel, à la Bonne Volonté de la Conscience universelle, et ne plus y revenir. Cela veut dire que l'on exprime un désir mais sans s'inquiéter de sa réalisation, sans même y penser. La reconnaissance et la louange sont des façons admirables d'exprimer le lâcher prise.




"Les chemins de l'amour",

Nous ne sommes pas là pour rendre les gens heureux, mais pour leur permettre de se rendre eux-mêmes heureux.

Nous ne sommes pas là pour guérir les autres, mais pour leur permettre de se guérir eux-mêmes.

Nous ne sommes pas là pour faire croître les autres, mais pour leur permettre eux-mêmes de grandir.

Le plus grand service que l'on puisse rendre aux autres et le plus grand bien que l'on puisse leur faire, c'est d'être en paix avec soi-même et en amour avec la vie.

Même auprès des mourants, sans doute que ce qui aide le plus c'est cette paix et cette joie amoureuse.

Cela rayonne tout seul : on n'a pas à se préoccuper des résultats, on n'a pas besoin d'en attendre.

Placide Gaboury


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MessageSujet: Re: Placide Gaboury   Lun 22 Déc - 15:55

AIMER DIEU

Je ne sais pas ce qu'aimer Dieu veut dire pour toi. Pour moi, ça veut dire accepter la vie, les limites de son être, toutes ses possibilités de création, se pardonner, soumettre son être au tout, admirer, remercier, créer, célébrer, jouir, donner, vivre à plein sa vie, se donner.

LA SOUFFRANCE NÉCESSAIRE

Ce n'est pas parce que l'inconscient contient de l'ombre, que la vie réserve des obstacles et des épreuves ou qu'il y a en nous du mal, que pour autant il est nécessaire de souffrir et de s'arranger pour vivre dans le malheur. Le Bouddha lui-même reconnaissait que si la vie était souffrance, peine, frustration, toute la voie spirituelle consistait à se libérer de cette souffrance. Il s'agit de cesser de souffrir évidemment. Mais voilà le hic.

Le seul fait de refuser de souffrir fait souffrir davantage. En refusant la souffrance, la vie telle qu'elle est, en visant toujours un monde meilleur ou en fuyant celui dans lequel on est, on souffre. C'est-à-dire que la majeure partie de nos souffrances ne viennent pas de la vie mais de nous-mêmes.

C'est nous qui créons la plupart de nos malheurs. Nous les créons par la tendance à fuir ce qui fait mal, par la peur d'avoir mal, ou par la terreur d'un malheur possible et futur, par la crainte, finalement, de la vie qui s'achève.

Il s'agit donc tout d'abord de ne pas créer la souffrance. Imaginez tout le mal que l'on s'éviterait si l'on cessait d'imaginer le mal que l'on pourrait subir. Ne pas créer le mal veut dire cesser de cultiver le mental et ses fantasmes décrochés. Car le mal est produit par le mental (engrossé d'émotion imaginative) qui invente, refuse, refoule le mal et se cabre devant les souffrances possibles.

La souffrance est créée par une émotivité négative (la peur et ses séquelles), qui, de connivence avec le mental, projette sur ce qui arrive des interprétations fausses, entretient des préjugés, inspire des refus et des négations de tout ce que l'on n'aime pas.

Recevoir la souffrance... Ne pas créer la souffrance, mais la vivre à fond, lui dire oui. Le fait de ne plus s'y opposer cesse de la créer. On finit par être un avec, et non plus en lutte contre, ce qui justement est un état de souffrance. Si l'on peut changer une situation douloureuse sans blesser personne, qu'on le fasse, il ne s'agit en aucun cas de subir passivement. Mais si l'on ne peut rien changer aux circonstances et aux conditions qui ne dépendent pas de nous, du climat, de l'économie du pays, de la pauvreté, de la maladie, caractère du conjoint ou du voisin, conscience et niveau d'éducation de ceux qui nous entourent, état des routes, nullité du gouvernement, etc., il s'agit alors de dire oui et de vouloir pleinement ce qui se passe.

"Tu dois souffrir pour apprendre la vérité sur toi-même, tu dois apprendre à ne pas refuser le malheur''. Lorsque le malheur se présente, l'homme doit l'accepter volontairement, et il doit l'accepter de tout son être. Ce qui renverse la personne non mûre, une lourde perte, une déception, une brutale injustice sera l'occasion, chez l'homme mûr, d'un accroissement de maturité.

LE VOYAGE VERS LE COEUR

C'est en découvrant combien mes émotions m'empêchent d'être heureux que je commence à trouver le vrai sens de la vie, que je commence à entrer sur la voie. Mes émotions me font voir des choses que j'aime et des choses que je n'aime pas. Je ne garde pas mon calme devant les unes pas plus que devant les autres. J'avais préparé un voyage depuis des mois, avec toute l'excitation et l'enthousiasme que cela entraîne, et j'apprends qu'on ne pourra y aller. Du même coup, je m'aperçois que mes dettes étaient plus grosse que je ne pensais et cela bien sûr influença ma décision de renoncer au voyage. Donc, double déception. Cela me fait mal, ça me prend plusieurs heures pour m'en remettre.

Qu'est-ce qui se passe? Mon ego est contrarié. L'ego, c'est l'intelligence et la volonté lorsqu'elles sont faussées par les émotions et les désirs. Alors que quand l'intelligence est claire et la volonté libre, on est naturellement accordé à l'Harmonie universelle, on fait la volonté de Dieu.

L'intelligence, quand elle est pure, est la connaissance, mais quand elle est influencée par les émotions ça devient simplement de la pensée quotidienne, un mélange qu'on peut appeler le mental émotif.

Mon ego est donc très contrarié dans ses plans et ses prévisions des événements. Il attend quelque chose et n'accepte pas d'être déçu. Il est révolté contre la vie. De plus, ce voyage était prévu pour l'automne alors que c'est encore l'été. Je vivais donc dans l'avenir. Un avenir non réalisé, non réel, non réalisable.

Je ne vivais pas pleinement dans le présent. J'étais à côté de moi-même, dans un monde fabriqué que j'imposais en surimpression à la vie réelle. Le présent n'était pas accepté, il était faussé par le futur. Et quand j'ai été ramené à la réalité de ce qui seul existe, j'ai été très offensé. Et c'est cela qui empêche d'être heureux, le refus de ce qui est au profit de ce qui n'est pas.

Mon esprit faussé par mes émotions, mon ego, me rend malheureux parce qu'il n'accepte jamais les choses comme elles sont. L'ego empêche d'aimer simplement ce qui est. Quand il aime c'est toujours par opposition à ce qu'il n'aime pas. Il n'aime jamais tout simplement. Il établit toujours des conflits, des oppositions, il vit dans le bien par rapport à un mal. Il ne vit pas dans l'accueil simple et complet du oui et du non, l'agréable et le désagréable. Et qu'est-ce qui peut accepter ce qui vient, même quand ça blesse ou contrarie, aussi bien que lorsque ça fait plaisir, qui n'a plus de préférence, mais qui est en faveur de ce qui vient? C'est ce qu'on appelle le Coeur. Ce n'est pas sentimental.

Justement, ce n'est plus blessable parce que la capacité de comprendre, de pardonner et d'accepter a dépassé la capacité d'être blessé. C'est de l'amour non préférentiel, c'est-à-dire sans condition.

C'est cela que je cherche, c'est cela que nous cherchons. C'est cela que tout le monde a toujours cherché. Toutes nos passions, non peurs, nos susceptibilités, nos jalousies, nos vengeances et nos critiques sont des obstacles, des écrans, des blocages, des voiles qui empêchent le Coeur de respirer à sa façon. C'est cela qui empêche d'être heureux. Il n'y a qu'une façon de l'être, c'est d'aimer ce qui arrive, quels que soient l'événement, la blessure ou la personne. C'est dire oui à tout. C'est la chose la plus difficile, mais rien d'autre ne rend heureux, il n'y a pas d'autre chemin. Habituellement, je dis oui à ce qui me plaît et non à tout ce que je déteste, refuse ou rejette.

J'entretiens cette dualité continuelle, un camp de bonnes choses, un camp de mauvaises. Aussi longtemps que je fais ça, je suis malheureux, menacé par l'autre, en guerre et non en paix. Je dois apprendre à dépasser ces conflits en acceptant les deux côtés également, sans préférence, sans exclusion. Il s'agit de commencer ce matin même à faire le relevé de tout ce qui me blesse, me heurte, m'oppose ou me répugne, il s'agit de faire l'inventaire de mes blessures et de mes passions destructrices, sans me mentir à moi-même, sans me croire plus pur ou plus libre, plus évolué, plus généreux que je ne le suis. Regarder clairement combien on est possessif, séducteur, menteur, auto-destructeur. Se voir tel qu'on est. Alors seulement la capacité d'aimer va commencer de s'éveiller.

L'amour ne commence que dans la vérité, dans l'honnêteté avec soi-même. Il ne s'agit pas de se juger, pas du tout, il s'agit de se voir tel qu'on est sans condamnation, c'est justement le contraire d'une condamnation. C'est le regard clair et neutre du scientifique au laboratoire. C'est seulement ce regard qui va enlever les pelures de faussetés dont on a enduit le Coeur et qui fait qu'il ne peut plus respirer ni s'exprimer.

Par la purification du Coeur, surtout en acceptant ce qui nous arrive et ce qui nous est arrivé dans la vie, on finit par voir qu'il y a toujours eu en nous une capacité d'aimer sans peur, de se sentir chez soi dans la vie, sans menace, sans ennemi, de se sentir aimé.

L'intelligence du Coeur, c'est comprendre que rien n'est contre soi, qu'il n'y a pas d'ennemi sauf les ennemis créés par l'émotion.

L'intelligence du Coeur, c'est la connaissance qui s'éveille lorsque l'épaisseur des passions déformantes a cessé de nous faire méconnaître et fausser la réalité, de nous faire reconnaître ce qui est indépendant de ce que l'émotion attend. C'est voir juste.

Cette intelligence ne juge pas, elle ne condamne pas. Il n'y a pas pour elle de bon et de mauvais. Elle voit les choses comme elles sont, comme l'enfant avant d'avoir appris les catégories déformantes des adultes. Cette intelligence est un amour, l'amour non craintif, donc non-possessif, l'amour qui aime même s'il n'est pas aimé. Et comment est-il éveillé?

En faisant la découverte complète de ses passions, de ses obstacles, de ce qui empêche de dire oui à la vie, à sa vie. En reconnaissant les bouncers qui bloquent l'accès au Coeur, qui entourent le Coeur d'une barricade d'illusions. Le chevalier doit reconnaître les broussailles épaisses qui le séparent de la Belle au bois dormant. C'est en acceptant les négations en lui, les frustrations, les refus, les refoulements accumulés et enchevêtrés qu'il débouchera enfin dans la clarté où sommeille et attend la belle, c'est-à-dire le Coeur.

Ce Coeur qui dort depuis longtemps ne s'éveille qu'avec un baiser, car la connaissance qu'est l'éveil c'est l'amour seul qui la réveille. Au-delà de la forêt des non, sommeille le oui qui, dans un acte d'amour inconditionnel, abolit tous les obstacles.

Placide Gaboury


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MessageSujet: Re: Placide Gaboury   Lun 22 Déc - 15:56

LA VIE SPIRITUELLE SANS UN DIEU

Le Bouddha, qui ne reconnaissait pas un dieu extérieur à soi, disait que s'il n'existait pas un Non-Né et un Non-Mortel, on ne pourrait arriver à la libération. Ce qui fait qu'on se libère, c'est cette Présence attentive que l'on n'est pas tenu de définir, pourvu que l'on se tienne dans une attitude de réceptivité et de disponibilité à ce qui nous dépasse.

Selon ma façon de penser, on ne peut rien comprendre sans que l'Esprit divin nous guide et nous éclaire, ce qu'il fait de l'intérieur de nous. Les efforts de notre part ne suffisent pas en eux-mêmes. Ce n'est pas moi qui initie le voyage, il précède mon ego et lui survit. Je pense aussi que pour avancer, il ne faut pas fixer sa conception du Divin dans une forme ou un nom rigides. La souplesse, l'ouverture, le sens du mystère sont des signes que l'on se libère de l'ego durci et poigné.

Je pense qu'il faut avoir traversé les peurs avant d'atteindre en nous la place où il n'y en a plus. Ne fuis pas ta peur, ne prends pas trop de gin pour t'en distraire, regarde-là bien en face et à force de la reconnaître, de l'accepter, tu arriveras à la dépasser. La partie en toi qui observe sans juger n'a pas peur. C'est là que tu vas finir par te retrouver et trouver le divin en toi.

Pour moi c'est évident, Dieu est au-dedans mais aussi au-dehors de nous, car c'est en prenant conscience de sa présence en nous que l'on peut commencer à le percevoir ailleurs. Les maîtres de tous temps ont affirmé la présence du divin.

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LE SPIRITUEL ET LE MATÉRIEL

Tu dois prendre conscience que tu ne possèdes vraiment rien, que rien ne t'appartient comme tel, tu dois prendre conscience que tous ces biens te sont prêtés pour que tu acquières la liberté d'en user, que tu y deviennes souple et dégagée.

En apprenant à en jouir tout en comprenant que rien n'est vraiment à toi, tu deviendras comme un enfant. Ta vie sera dans une autre dimension, et cependant tu auras, acquerras et utiliseras avec plaisir et satisfaction ce qui est autour de toi.

Pour développer sa conscience spirituelle au milieu d'une mentalité matérialiste, il faut vraiment se demander ce que l'on cherche dans la vie, pour ne plus se modeler sur les idées reçues, pour devenir autonome, pour arriver à ne dépendre d'aucune croyance, d'aucun courant d'idées. Ce bain de foule matérialiste te sera utile, tu vas acquérir beaucoup de force en restant dans le bain tout en partageant de moins en moins les philosophies en cours. C'est en se forgeant au creux et au feu du matérialisme que se crée la conscience.


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POURQUOI SOUFFRIR?

Il y en a qui disent qu'il est nécessaire de souffrir, d'autres, qu'il faut tout faire pour arrêter la souffrance. Un peu comme certains se vouent à pratiquer la pauvreté, alors que d'autres mettent tous leurs efforts à la chasser de la face de la terre. Un grand nombre souffrent toute leur vie sans que leur conscience n'en soit améliorée ou éclairée, ils deviennent aigris, durs et méchants. La souffrance en soi ne libère pas et n'éclaire pas. Il y a moyen de résister aux leçons de la souffrance, comme de toute autre leçon de la vie. Il y en a d'autres en revanche qui semblent apprendre à travers tout ce qui leur arrive, les pires coups comme les moindres. Leur état de conscience est différent.

Quand on a trop mangé et que l'estomac fait mal, il y a une leçon à apprendre. Quand on a manifesté de la haine pour quelqu'un et que cela fait mal dans la région de la poitrine, il y a une leçon à apprendre. Et quand on a refoulé une émotion de colère ou de passion amoureuse, le mal que cela nous fait au ventre, est également une leçon. Et quelle est la leçon? Qu'on ne peut impunément briser l'harmonie de la vie. Il y a des lois à respecter. Les conséquences suivent les actes comme le tonnerre l'éclair, comme les ondes se répandent autour d'une pierre jetée à l'eau. Ces souffrances sont celles qu'on s'impose soi-même. Mais il y en a d'autres que l'on peut recevoir de l'extérieur, les pertes de réputation, de personnes aimées, d'argent, d'emploi, de santé, les accidents, le feu, la persécution et dans certains cas, la torture. S'il est clair qu'en enfreignant aux lois d'harmonie on s'attire la souffrance, comme lorsqu'on mange trop ou mal et que l'estomac ou le foie nous font souffrir. Il se peut aussi que la souffrance reçue de l'extérieur soit due aux manquements antérieurs et tout ce que nous faisons en subissant les coups de la vie, c'est recevoir les conséquences de nos actes passés. On voit les ondes se répandre autour d'une pierre qu'on a un jour jetée à l'eau.

Peut-être que c'est ici que la souffrance peut prendre un sens. Elle devient en quelque sorte l'outil pédagogique que la nature emploie pour susciter une évolution harmonieuse chez ses membres désordonnés. La nature nous met sous le nez les conséquences de ce que nous avons semé précédemment, afin que nous voyions nos actes et changions d'attitude. Nous sommes sans doute libres de jeter la pierre à l'eau, mais une fois ce geste posé, les conséquences, les ondes courant vers la rive et revenant à la pierre ne peuvent être évitées. En posant un tel geste, on a mis en marche toute une série d'événements.

Disons que je tue quelqu'un qui m'empêche d'obtenir ce que je veux. Eh bien, si je suis plus ou moins libre de tirer sur la gâchette, je ne suis pas libre d'accepter ou de refuser les conséquences d'un tel geste sur moi-même, sur ma famille, mon milieu et peut-être même sur les générations à venir, ainsi que sur mes vies futures. Les ondes suivront la chute de la pierre, comme le tonnerre suit l'éclair, ou, comme Newton l'avait démontré, le mur renvoie la balle avec la même énergie qu'elle la reçoit. La souffrance qui suit un crime, une offense, une colère, une brutalité, une hypocrisie, un coup bas profondément voulu, une parole diffamatoire, se propage sur les plages intérieures aussi bien qu'extérieures.

Les ondes d'énergie répandue atteignent les autres, mais également soi-même. Le premier mal que l'on fait, c'est à soi-même. Nous ne sommes que liens avec les choses et les êtres, et lorsque ces liens sont perturbés, tous les éléments reliés en souffrent. Il n'y a plus alors d'extérieur ou d'intérieur, mais un grand lac parcouru d'ondes troublées. Nous sommes comme des poissons dans l'eau, la moindre pollution, le moindre mouvement atteignent toute l'eau et tous ceux qui y nagent.


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FAUT-IL SOUFFRIR POUR APPRENDRE?

Reconnais-tu tout d'abord que c'est ta raison pleine de doute qui pose cette question? Et que le temps que tu perds à t'appesantir sur ce genre de problème te permet d'éviter d'avoir à le résoudre dans le concret, en le vivant au lieu de le penser? Notre vie terrestre n'est pas donnée ni prévue pour la souffrance. Cependant, comme on n'apprend que difficilement à respecter les lois et les exigences de cet univers, en commençant par son propre corps, on attire des réactions immédiatement négatives.

En posant un doigt sur un élément de surface, l'enfant se brûle, c'est ainsi qu'il apprend, car il n'apprendra pas simplement à se faire dire qu'il ne doit pas agir ainsi. On a besoin d'expérimenter, de vérifier, de vivre ses questions et réponses. C'est certainement ainsi dans le domaine des émotions et de l'amour en particulier. En répandant du poison sur les plantes, on se fait envahir par encore plus d'insectes et on mange des fruits plus malsains encore. Tout ce qui n'est pas respecté, mais obtenu par force, par torture, ce qui est dominé ou possédé avec passion va produire de la souffrance. Tout ce qui est négatif en nous (pensée, émotions) va aussi recevoir du corps une réponse semblable. La souffrance devient le doigt qui pointe vers le mal en nous.

C'est parce qu'on entretient et répand le mal en nous et autour de nous que l'on souffre. Heureusement que la souffrance nous sert de pédagogue, elle nous dit comment on manque aux lois, à l'ordre universel. Heureusement que la souffrance peut servir à nous remettre en question, à nous faire changer de cap, à nous regarder en face, car si elle n'était pas là, comment pourrions-nous apprendre? Si tu te demandes sincèrement pourquoi la souffrance, tu commenceras à comprendre que souffrir est une réaction à une action humaine, à ton action à toi, et que si tu trouves en toi du négatif, tu as déjà ta réponse.

Placide Gaboury


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MessageSujet: Re: Placide Gaboury   Lun 22 Déc - 15:57

BONHEUR ET MALHEUR

Nous aimerions une vie sans souffrance, du bonheur continuel, sans aucun malheur. Paix sans guerre, beauté sans laideur, richesse sans pauvreté, santé sans maladie, vie sans mort. Mais si on y pense juste un peu, on remarquera que le haut n'existe que parce qu'il y a un bas, que le long n'existe que par rapport au court, le proche par rapport au lointain, le positif par rapport au négatif.

Notre vie refuse d'intégrer ce qui ne plaît pas. Mais peut-il y avoir une vie sans à la fois bonheur et malheur, pour et contre, perte et gain, lumière et ténèbres? Si l'on n'a pas à la fois le positif et le négatif, il n'y a pas d'électricité. Sans un acheteur et un vendeur, il n'y a pas de commerce. Sans l'action, le repos n'a pas de sens. Tout objet existe par rapport à un fond de scène. En cette vie, tout existe par contraste, la nuit par rapport au jour, le froid par rapport au chaud, le lent par rapport au vif. En occident, on a tendance à concevoir le bonheur comme un ciel bleu sans nuage.

Dans les année 50, une chanson américaine avait bien fixé cette philosophie: "Accentuez le positif, éliminez le négatif, n'ayez rien à voir avec l'entre-deux". Eh bien, c'est justement ce qui rend si contradictoire la fameuse poursuite du bonheur inscrite dans la constitution américaine comme le droit de chaque citoyen. En poursuivant le bonheur comme le contraire du malheur, on accentue tout d'abord celui-ci en le rendant plus évident, et de plus, on confesse qu'on n'est pas présentement heureux, qu'on est dans le malheur aussi longtemps précisément qu'on cherche ce fameux bonheur qui fuit comme l'horizon. En revanche, l'Oriental perçoit que ce sont les oppositions que l'on crée entre les aspects de la vie et des choses qui rendent la paix impossible et la vie si difficile. La vie pour lui est simplement un moiré indéchirable de blanc et de noir, de nuit et de lumière, de plaisir et de peine, de perte et de gain.

La vie est une trame de contraires, une danse de partenaires inséparables. Vouloir les séparer pour n'en conserver qu'un, ce serait arrêter la danse, arrêter la vie. Rappelons-nous, pas d'électricité sans à la fois le positif et le négatif. Chaque plaisir se joue sur un fond de scène d'angoisse qui appelle la fin du plaisir, car même une nuit de sexe le plus pâmé s'achève dans l'hébétude ou l'écoeurement, tout comme une bouffe excessive. L'amant le plus adoré peut être perdu un jour, il peut trahir, mourir ou être blessé. Rien ne dure, rien ne demeure, rien n'est fixé ni possédé.

Dès qu'on pense attraction on entend répulsion. Si le corps aime la chaleur, il répugne à l'excès de chaleur ou à son contraire. Dès que notre conscience s'est éveillée à une attraction, dans le sens des émotions ou des idées, elle a par le fait même créé la notion d'une répulsion. C'est notre acharnement à séparer chaque chose de son contraire qui rend la vie pénible. Aussi longtemps que notre mental séparera les aspects inséparables de la vie, il y aura déchirement, douleur et conflit, car rien n'existe de tel dans la nature, où il n'y a pas de vraies et de fausses grenouilles, ni des arbres moraux et immoraux, ni des formes belles ou laides. Il n'y a que des êtres variés, point.

En revanche, l'homme occidental vit comme s'il existait vraiment deux choses qu'on appelle le bon et le mauvais, la peine et le plaisir, le désirable et l'indésirable. La vie par opposition à la mort. Et il essayera d'extirper le plaisir de la peine, afin de n'avoir plus que lui.

En cherchant ce qu'on appelle bonheur, on évoque le malheur, qui sont les deux côtés d'une seule médaille. Les Orientaux disent qu'il n'est pas question de chercher le bonheur, mais de dire oui à la vie, de tout expérimenter, de tout savourer. Qu'il n'est pas question de rien chercher, mais de dire oui. Qu'il n'est pas question non plus de rien regretter, mais de dire oui, un oui qui embrasse les deux côtés de l'être, les deux opposés perçus en toute chose, en tout événement, un oui qui nous fait un avec ce qui arrive, et non plus déchiré, séparé, coupé, malheureux. Il faudra apprendre à aimer l'état imparfait des choses humaines.


CROIRE

Croire, c'est donner la permission à toute possibilité d'exister, de se manifester, de se développer, de se réaliser pleinement. Tout être humain est porté à croire à quelque chose, ses sens, la science, la liberté, son meilleur ami, son banquier, son curé, son journal, son parti. On ne peut survivre sans un minimum de croyance, croire en la vie ou en quelque aspect de la vie fait partie de tout humain vivant. Mais la croyance peut être crédulité, ou elle peut être une foi.

La crédulité, c'est la croyance naïve, qui n'a pas été éprouvée ou exercée, la croyance de l'enfant ou du fidèle qui croit tout ce que lui dit son curé ou son pape. La crédulité, c'est l'étape première et inévitable de la vie pour s'intégrer dans une société, où il faut une confiance totale dans les valeurs transmises. Puis vient une seconde étape à l'adolescence, où la crédulité se change en son contraire, la non-crédulité.

C'est le temps où on remet tout son passé en question, où on se révolte, où on envoie promener toute forme d'autorité. Cette étape est aussi immature que la première, car être contre, c'est être trop d'un côté, autant que le fait d'être totalement pour. Mais c'est une phase aussi nécessaire que la première si on veut connaître tous les côtés de son être et de sa vie.

Dans une troisième étape, la crédulité du début, qui est la croyance dans son aspect de confiance inconditionnelle, est maintenue mais cette fois, purifiée, éclairée, éprouvée par les déceptions, les conflits et les limites de la vie survenus au cours des années. On entre ainsi dans une ère où on sait pour l'avoir expérimenté ce qu'est la vie. On est mûr pour la foi. Avoir la foi n'a rien à voir avec la religion. C'est être passé à travers ses émotions, les avoir vécues et reconnues et intégrées, pour ensuite les dépasser et non les refoulées. Tout cela rendu possible par cette confiance de base en la bonté de la vie. Parce que j'ai vécu des choses, je les connais. On peut toujours réfuter mes opinions, mais on ne peut ébranler mon expérience. Je sais ce que sont la perte d'êtres aimés, la trahison, l'abandon, le désespoir. Je le sais dans mon corps, dans mon être. Et parce que je l'ai vécu, cela est devenu moi-même et je ne puis le perdre. Je ne connais que ce que j'ai expérimenté. Je ne sais que ce que j'ai vécu.

La foi, c'est ce qui reste quand tout a été ébranlé. C'est maintenant inébranlable justement parce que cela a été ébranlé en tous sens. La foi ne peut être qu'inébranlable, autrement, ce n'est que de la croyance. L'apprenti a besoin de devenir un maître, l'enfant a besoin de mûrir. Aussi, ne peut-on perdre la foi s'il y a cette confiance de base de l'enfance. Elle se raffermit de plus en plus avec les épreuves. Ce que l'on perd, ce sont les croyances appuyées sur les dires d'autrui.

La foi, c'est aussi ce qui reste quand tout a été perdu, et pour vraiment atteindre le niveau de la foi, il faut non seulement consentir à perdre tout ce qui est perdable, mais il faut aussi en avoir beaucoup perdu. C'est la statue qui émerge après que tout l'inutile a été enlevé du bloc de marbre. La foi, dans son aspect de confiance, c'est la certitude que tout est possible, alors qu'il n'y a aucune raison de le croire, qu'il n'y a même l'évidence que du contraire. C'est voir au-delà du défini et du limité, pour percevoir tout ce qui se cache de possibilité. La foi, c'est sentir l'élan des choses, l'élan de la vie, c'est épouser la poussée de croissance infinie qui sommeille en toute chose. C'est se laisser emporter par la créativité infinie. C'est devenir intelligence créatrice, c'est voir l'arbre en toute semence, la statue en tout bloc de marbre. C'est aimer ce qui est possible.


L'ESCALIER

Comment peut-on progresser malgré toutes les difficultés quotidiennes? C'est comme si on demandait s'il est possible de monter au deuxième étage malgré les marches. Alors que ce n'est pas malgré mais grâce à l'escalier qu'on peut monter au deuxième. Je sais que vous pensez à une échappatoire, mais dans la vie il n'y a pas d'ascenseur! On monte marche par marche avec ses propres pieds et aucune technologie ne peut nous remplacer. Il n'y a pas de raccourci. On ne saute pas d'étapes. On ne peut aller plus vite que la musique, que sa musique.

Vivre, c'est passer consciemment par chaque instant, c'est remplir avec application chaque petit événement qui se présente, avec grand soin, avec respect même, afin que rien n'en soit perdu. Comme on goûterait un beaujolais nouveau en prenant soin de n'en perdre aucune goutte. Savourer le moindre instant, goûter la moindre chose, sentir le moindre parfum, jouir de la présence de chaque personne, éprouver la moindre peur, ressentir la plus infime douleur, apprécier chaque syllabe du chant, chaque goutte de cette immense fontaine de joie et de peine qu'est l'arbre de la vie.

Tout nous fait progresser dans la mesure où on le vit pleinement, en l'acceptant, tout nous sert à progresser. Il n'y a pas de rôle, d'occupations privilégiées. Seule l'intensité de l'amour-tendresse remplit de sens et fait monter. Allez demander à l'étoile olympique ce qui lui donne cette incessante et tenace application à chaque jour de son long et difficile entraînement! Le bateau ne peut passer l'écluse avant que le niveau d'eau requis ne soit atteint. C'est l'intensité de l'amour qui fait monter l'eau et permet au bateau d'accéder à la chambre suivante. C'est l'intense amour de la lumière qui fait que la tendre pousse perce petit à petit l'asphalte. Cette notion est sans romantisme.

Ce n'est pas romantique de se lever à 6 heure pour aller travailler quand on est grippé, ce n'est pas romantique de sortir les vidanges quand il fait -25, et sûrement pas de prendre le métro aux heures de pointe, de faire la queue pour l'autobus qui n'arrive pas, de tomber en panne, d'avoir une crevaison, de perdre sa nuit pour un bébé qui pleure, de voir la maisonnée terrassée par la fièvre, de recevoir les comptes, de remplir ses impôts, de faire les emplettes, de laver sa vaisselle, son linge ou son plancher. Mais la vie n'est pas romantique. Le romantisme est du "wishful thinking", c'est rêver à ce qui n'existe pas.

La vie des films et téléromans nous donne l'impression que la vie doit être ou pourrait être plus intéressante, que l'on a dû manquer quelque chose quelque part, qu'il doit y avoir quelque chose qu'on n'a pas fait comme il faut et à cause de quoi on mène une vie si plate. À cause de cela, on rêve d'une vie romantique où tout serait agréable, gentil et plaisant. Et on continue de chercher jusqu'à ce qu'on ait trouvé cette fameuse chose qui ferait passer miraculeusement du blanc et noir à la couleur. Mais c'est moi qui aplatis ma vie. C'est moi qui ne savoure pas les instants, si bien qu'il n'y a que des vides dans ma vie avec quelques fuyantes et furieuses compensations à la taverne, au party ou au disco. C'est moi qui attends que ma vie soit valorisée par quelque chose.
Quelque chose qui viendrait comme une fée ou un maître de cirque transformer d'un coup de baquette tout cet ennui en une aventure exaltante, pour enfin vivre une vie qui serait une suite continue de moments forts. Il n'y a que moi qui puisse transformer ma vie. C'est à moi d'accepter les instants que je vis. En les refusant, c'est moi qui leur enlève toute valeur. En les acceptant, je les remplis de moi, de ma valeur, de ma réalité.

Je vis une aventure unique au monde, un mélange de joies et de peines que je suis le seul à connaître. J'habite ma vie. Je ne suis pas ailleurs, absent, comme marchant à côté de ma bicyclette. Accepter le quotidien est pour chacun la chose la plus difficile. On ne veut pas vivre sa vie, on veut vivre une vie différente, celle qu'on a rêvée ou celle des autres. La partie de la vie des autres qui nous séduit, bien sûr, pas leur vie quotidienne qu'on s'arrange pour oublier ou nier. Mais on ne progresse qu'en remplissant d'une présence attentive ses petits moments sans histoire. Lorsqu'on accepte de vivre chacun de ces instants, sans attendre autre chose, on bâtit une plénitude que rien ne peut attaquer. C'est alors que dans notre vie, rien ne se perd, qu'au contraire, tout se crée.


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MessageSujet: Re: Placide Gaboury   Lun 22 Déc - 15:57

LA SOLITUDE

La solitude prépare à l'autonomie. Elle est nécessaire pour être soi-même et développer son ego. Il peut paraître étrange de parler ainsi, alors qu'on a tellement insisté sur le dépassement de l'ego, mais pour que le Coeur devienne fort, il faut que la charpente soit solide.

Quelqu'un qui est incapable de gagner sa vie, à moins d'impossibilités insurmontables, qui ne peut assumer ses responsabilités, famille, défense de ses droits, etc., qui ne peut garder un emploi ni réussir en amour, n'est pas mûr pour la vie intérieure. Il n'a pas unifié son être, il n'a pas développé suffisamment ses corps physique, émotif et mental. Il est la proie de toutes les opinions et des modes, il cède aux pressions, il pense comme tout le monde, il est la marionnette du dernier look, du dernier cri, du dernier courant. Il est emporté par ses chevaux, tiraillé à hue et à dia par des passions qui le déchirent.

La solitude doit s'apprendre, et si l'on veut apprendre à aimer comme il faut, il faudra pouvoir passer du temps seul. Si de plus, on veut être fort, il faut se tremper par la solitude. La solitude loin des masses est aussi importante que la plongée dans le feu de la lutte. Il faut se tremper comme on trempe le fer, en le faisant passer du chaud au froid plusieurs fois. Mais s'il faut apprendre à traverser seul certaines épreuves, il ne faut pas non plus faire le brave outre mesure. Il est bon de reconnaître qu'on a besoin des autres. Il faut un équilibre, un mouvement pendulaire. Il n'y a pas de plan statique, on passe constamment de l'un à l'autre, de l'extérieur vers l'intérieur, de l'intérieur vers l'extérieur, du silence à l'action, du groupe à la solitude.

Etre isolé ou n'avoir aucun contact avec quiconque n'est pas valable en soi, ce n'est pas un sacrement, pas plus que le silence du reste. Il y a des silences qui sont des gouffres de peine et de dépression.

Le silence peut être un refuge pour les gens qui refusent la vie, qui se sentent rejetés, qui boudent leur époque. C'est l'idée de s'en servir comme d'un instrument qui lui donne de la valeur. Il reste vrai que quelqu'un qui a puisé à la source de son être, pour découvrir ce qu'il est, peut s'y trouver dans n'importe quelle situation, pas moins sur la rue qu'en chambre, dans le bruit que dans le silence. Ceux qui, à force de raffinement, sont devenus trop fragiles pour endurer la rue, le bruit et le monde de la consommation sont débranchés, décollés, ils sont en plein dans la peur de l'ego, même s'ils se croient très purs. La pureté de l'être donne de la force, elle ne rend pas peureux et faible. Au fond, nous ne sommes jamais séparés du reste de l'univers, mais avant de le découvrir, il faut avoir expérimenté l'isolement, l'angoisse de se sentir seul et abandonné.

SOLITUDE ET ISOLEMENT

L'isolement, c'est physique, extérieur, alors que la solitude, c'est en nous. Autrement dit, le corps est isolé, mais c'est la conscience qui se sent seule. Ainsi, les amants couchent ensemble, mais ils dorment seuls. Le rapprochement des corps et l'isolement de l'esprit, la solitude. On peut donc se sentir seul en plein milieu d'une foule alors qu'on n'y est pas isolé. Et le contraire est aussi vrai, on peut être isolé, vivre à part et cependant être en communion avec une foule de connaissances et d'êtres.

Je pense que pour avancer sur la voie de la connaissance de soi, pour devenir un être complet, plus plein de vie, de compréhension de paix et d'amour, il faut pouvoir expérimenter et apprécier la solitude. Quelqu'un qui ne sait pas être seul avec lui-même, qui ne sait pas entrer en lui-même, qui ne sait pas entrer en lui-même pour se ressourcer, s'appuiera sur des êtres, des choses et des événements extérieurs.

Ce dont je parle c'est en fait d'autonomie. C'est la capacité d'être fidèle à soi-même, à sa ligne de fond, à sa trame essentielle, à son dessein fondamental. On parle beaucoup de fidélité conjugale ou de fidélité à un parti, à une religion ou à un ami. Mais la fidélité se pratique vis-à-vis de soi-même d'abord. Si l'on sait être fidèle à soi, on ne peut manquer de l'être aux autres, mais si on ne peut être fidèle à soi-même, à qui alors peut-on l'être? L'autonomie, c'est la capacité de garder sa piste, comme un coureur. C'est la capacité de vivre sa vie à l'encontre des opinions, séductions et chantages. Quelqu'un qui pratique cette autonomie connaîtra la solitude, il ne sera pas toujours compris, ni secondé, ou réclamé. Il devra faire cavalier seul, être pionnier, vivre en marge du connu et du rassurant. Cela est exigé par la qualité de son élan, par l'attrait de l'excellence, par l'amour de ce qui est plus grand, plus engageant, plus universel.

La médiocrité est du côté de la quantité, de la masse, de la foule. On y fuit la solitude parce qu'on la craint. On y est grégaire, on suit le troupeau, on ne pense pas par soi-même. La majorité n'aime pas la qualité exigeante, elle veut ce qui rapproche du nombre et maintient ou assure le confort du statu quo. Elle préfère, exige même le semblable, l'indifférencié, et s'abat sur celui qui veut être différent, personnel, original, fidèle à lui-même.

Seuls les individus engagés, intérieurement forts, prêts à tout laisser tomber pour atteindre le but, pourront surnager dans la grande noyade imminente qui va emporter la médiocrité, la complaisance et la négativité. Seuls les solitaires pourront rejoindre l'univers. Seuls ceux qui peuvent vivre la solitude peuvent vivre d'amour et de tendresse.

S'AIMER

Je n'ai pas appris à m'aimer. Durant toute mon éducation en lieu chrétien, on nous a répété jusqu'à satiété qu'il fallait aimer les autres, mais on ne nous apprenait pas à nous aimer nous-mêmes. J'ai passé mon enfance torturé en moi-même, me haïssant à mort, exaspéré de voir que je ne pouvais attirer l'amour de mes parents, et croyant que je ne faisais rien de bon, puisqu'à chaque action inapprouvée, je me faisais talocher, alors que les bons coups passaient inaperçus, comme volontairement ignorés, peut-être même redoutés.

Je me souviens qu'en jouant avec mon jeune frère, que lorsque s'élevait en moi une puissante vague de bonheur, je m'entendais dire que ce n'était pas permis, c'est pas correct, quelque chose ne va pas. J'en étais même venu à me sentir de trop. Chaque fois que je réussissais en classe, ma mère me rappelait sévèrement, sans me féliciter (je sentais qu'elle refoulait sa joie), qu'il ne fallait pas que cela me monte à la tête: "Attention à l'orgueil", répétait-elle comme un gong sinistre répercuté à travers mon adolescence.

Non, je n'ai pas appris à m'aimer. Je me faisais dire qu'il fallait être sans défaut, édifiant, exemplaire, avoir de l'idéal, être parfait, sans faiblesse. Et surtout, qu'il ne fallait pas pécher, mais être humble et pur (cela voulait dire sans pensées ou actions sexuelles) et travailler jusqu'à l'usure contre ses défauts qui nous rendaient si détestables. Je ne dis pas que tout en cela était mauvais, mais que la vision d'ensemble était faussée.

On nous faisait répéter l'Acte d'Humilité où on demandait à Dieu: "Apprenez-moi à me mépriser moi-même". La grandeur de l'homme ne faisait pas partie de la vision du monde. On était pécheur, point. La vie devait être souffrance, corvée, labeur sans joie. L'homme était vu à travers ses manques, non ses possibilités. Croire qu'on était divin s'appelait orgueil ou présomption.

On passait sa vie à vouloir bien faire, sachant d'avance qu'on était voué à ne jamais réussir. Que la vie fût une joie, un plaisir, une fête, une danse, ne montait pas à la conscience. On se cachait pour être heureux. Ne pas s'aimer, c'est ne pas aimer la Divine Présence en nous. Et s'habituer à se voir négativement, c'est inviter des actes et événements négatifs. Se haïr, c'est haïr la vie et les autres. L'amour de soi ce n'est pas l'égoïsme, cette maladie du mental émotif. S'aimer veut dire ne pas se juger, ne pas s'en vouloir, laisser être ce qui est, s'accepter assez pour n'avoir plus à chercher admiration, confirmation, approbation.

Cela veut dire que j'aime ce que j'ai été dans mon enfance, dans mon adolescence cet être peureux qui ne savait que faire pour être aimé. C'est parce qu'on ne s'aime pas qu'on est égoïste, quand on n'a pas obtenu d'être aimé comme il faut, on cherche à ramener les êtres vers soi, à les soumettre, à s'en servir comme appuis et béquilles. On est égoïste dans la mesure où l'on n'a pas été satisfait, où l'on n'est pas assez aimé. Mais comme personne ne peut nous aimer autant qu'on le voudrait, on est toujours insatisfait. Il n'y a que moi qui puisse m'aimer assez pour n'avoir plus à me reprocher ces défauts détestables. "Quel con je suis, comme j'ai été naïf, ce que je suis bête, je voudrais disparaître!"

Je voudrais être comme je l'avais rêvé à 15 ans, j'aurais voulu être le héros de la fête, invincible, inachetable, séduisant, le plus beau et le plus talentueux, mais cela n'a pas été. Et si j'en rêve toujours, c'est que je ne m'accepte pas, je ne m'aime pas. Personne ne peut le faire pour moi, personne ne peut me réveiller sauf moi.

L'amour commence par soi-même. On le disait du reste: "Charité bien ordonnée commence par soi-même", "Aimez les autres comme vous-même". Le modèle, la source, le point de départ, c'est l'amour de soi, le respect absolu de ce qui nous constitue, l'admission de tout ce qui fait notre vie. Le oui complet. Se permettre d'être comme on est. Se donner la permission d'être unique et différent. Pas de culpabilité, pas de honte, pas de masochisme, pas de complaisance dans sa souffrance, pas d'autopitié. Tout cela, c'est se haïr. Cela, c'est l'égoïsme, être retourné sur soi. S'aimer, c'est s'être si bien accepté qu'on n'a plus à s'en occuper. Spontanément, on se tourne vers les autres.

S'ACCEPTER

Il n'y a pas de moyens, de techniques pour arriver à s'accepter. Les moyens te sont donnés par douzaines chaque jour, mais tu ne les remarques pas, tu cherches quelque chose de magique. Regarde tes émotions, vois comme elles te font souffrir chaque fois que tu refuses quelque chose en toi, que tu refuses un événement, que tu te révoltes lorsque quelqu'un te blesse ou qu'on te rejette. Tu as là tous les outils qu'il te faut. Quand tu auras regardé tes réactions assez longtemps, tu commenceras à en avoir moins, à changer d'attitude. Tu vas t'accepter et le monde pour toi ne sera plus le même. L'alcoolique est l'exemple que je prends habituellement. L'alcoolique se détruit, se déteste, se dégoûte lui-même, jusqu'à ce qu'il atteigne le fond, et alors s'il le veut, il peut commencer à remonter. Et comment fait-il cela? En acceptant le fait qu'il est alcoolique, ce qu'il avait refusé d'admettre jusque là. Aussi longtemps qu'il disait non, il se niait, se détruisait, s'enfonçait. Dire oui à ce que l'on est, sans tricher, c'est le commencement de la remontée. Le jour où tu diras oui à tout ce que tu refuses, ce sera pour toi le jour de ta vraie naissance. Tu verras que tu es sans limite, sans peur.

« Dès que nous reconnaissons que nous sommes faibles,
la force revient.

Dès que nous reconnaissons la colère en nous,
c'est la douceur qui revient.

Dès que nous reconnaissons la haine,
c'est le pardon qui revient.

Dès que nous reconnaissons notre prison,
c'est déjà la liberté qui revient.

Dès que nous reconnaissons notre désespoir,
l'espoir est revenu.

Dès que nous reconnaissons nos ténèbres,
c'est déjà la lumière qui est revenue.
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MessageSujet: Re: Placide Gaboury   Lun 5 Jan - 13:48


RENONCEMENT

On ne peut ni renoncer à ce que l'on est ni se dépasser soi-même : on ne peut que tout vivre et tout accepter, on ne peut qu'épouser le mouvement de la vie, cette sagesse insondable.

Se dépasser soi-même se fait en nous par cette sagesse qui nous dépasse naturellement.

Elle nous englobe et nous mène plus loin - mais seulement si on la laisse faire.

Une fois qu'on a compris justement que c'est cette intelligence silencieuse qui fait tout en nous, on perd l'illusion de pouvoir contrôler quoi que ce soit d'important.

C'est alors qu'apparaît le grand, le vrai renoncement : renoncer à contrôler, renoncer à comprendre.

Placide Gaboury, Vivre sans plafond

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Placide Gaboury

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